DIANE MIRON
GILLES LUSIGNAN

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BOUTONS BOUCLES À FOULARD
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Cet histoire est tiré du livre de
 Pierre Faveton, LES CANNES

Les cannes sont de merveilleux objets.  Des objets étonnants, pleins de surprises et de mystères.  Ce sont des objets familiers qui, tous, véhiculent l'histoire de quelqu'un.  Ce sont en définitive des objets sentimentaux, qu'il faut regarder avec sentiment.
Quarante ans après la guerre, les cannes séduisent à nouveau.  Mais leur séduction est autre que l'utilité.  Ce ne sont ni les coquettes, ni les élégants, ni même les marcheurs qui s'en entichent, ils ne portent plus de canne; non, ce sont les amateurs d'objets, les collectionneurs, les amoureux de souvenirs qui, dorénavant, retrouvent du charme à cet objet d'abord utilitaire.

 

LA CANNE À TRAVERS L'HISTOIRE
La canne n'a pas d'âge. La première canne a dû être inventée spontanément dès que l'homme, se saisissant d'une branche cassée, a compris le parti qu'il pourrait en tirer.  C'est déjà le premier bâton. Prolongement du bras, il se peut que ce bâton ait d'abord été offensif...et qu'il ait servi à taper.  Mais soyons optimistes, peut-être a-t-il été utilisé plus pacifiquement, comme béquille, première prothèse, par quelque pithécanthrope claudicant?

Des savants ont découverts des cannes dans la tombe de Toutankhamon, en argent et en or, sculptées et décorées à la mode du temps. Plus d'une centaine de cannes ont été trouvées dans cette tombe.  La découverte fut si étonnante que l'on qualifie par la suite Toutankhamon, qui régna au X!V siècle avant notre ère, de premier collectionneur de cannes

LA CANNE, LA MAGIE ET LE POUVOIR
Chez les Hébreux, la canne s'appelle «kanch». C'est même vraisemblablement de ce mot hébreu que viendrait le «Canna» latine et, de ce fait, l'appellation française. Ce n'est souvent, qu'un simple bâton en coudrier ou en peuplier. La Bible précise que la canne de Jacob est, elle, en châtaignier.  C'est aussi un signe de puissance. En effet, de toute éternité, la canne a trois fonctions principales:  l'appui, la parade, la défense.

DU LÉGIONNAIRE AU PÈLERIN
Le légionnaire romain joint à son uniforme un bâton.  Une simple branche de coudrier ou de roseau qui n'a rien d'honorifique.  Mais sa fonction est évidente:  le légionnaire se déplace beaucoup.
Dès le X1 siècle, les pèlerins arpentent patiemment les chemins. L'uniforme du pèlerin est bien connu:  une vaste cape, la pèlerine, à laquelle sont accrochées les coquilles, emblème de Saint-Jacques de Compostelle, un chapeau à large bord relevé, une gourde et une panetière pendues à la ceinture, et le bourdon (du latin «burdus»: bâton), cette longue canne, sur lequel il s'appuie.
À la même époque, d'autres cannes, beaucoup plus élaborées et somptueusement décorées, ont une tout autre fonction, purement symbolique.

La crosse de l'évêque, avec son extrémité recourbée en volute, semble descendre en droite ligne du bâton de berger. Elle est le symbole de son autorité et serait son bâton pastoral..

LA CANNE, SIGNE EXTÉRIEUR DE RICHESSE
La canne, comme accessoire vestimentaire, apparaît ver le XV11 siècle.  Il y eu Catherine de Médicis, Louis X111, Richelieu. Les nobles suivent l'exemple royal et adoptent la canne.  La mode est lancée.
Assez haute, donnant au geste une certaine prestance, elle est l'accessoire favori des peintres qui dessinent désormais leurs modèles une canne à la main. Telle est la canne de cérémonie.  Les femmes l'adoptent elle aussi. L'étiquette veut qu'elle soit un peu plus courte que celle des hommes.
En changeant de siècle, la France change d'aspect. La bourgeoisie arrive au pouvoir.  La canne cesse d'être signe de puissance, elle devient symbole de confort et d'élégance.
L'ÂGE D'OR DE LA CANNE
C'est entre 1830 et 1914 que la canne connaît son apogée.  Elle ne s'adresse plus à une élite, mais touche toutes les couches de la société.
Au début du siècle, les dandys se promènent une badine à la main. C'est à peine une canne; on ne peut s'y appuyer. Elle est mince et flexible; on en joue et on la porte coincée sous le bras.
Tout au long du X1X siècle, l'importance de la canne ne cesse de croître.  Il est alors aussi incongru à un homme de sortir sans sa canne qu'à une femme de se promener sans chapeau.